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Écrire un livre - Les erreurs à éviter (1)

Qu’on leur coupe la tête !


Erreur n°1 : faire des phrases outrageusement longues alors qu’il faudrait plutôt les occire.


Pourquoi s'exposer au risque de perdre des lecteurs en cours de route ? Pendant l’écriture, on prendra le réflexe de ne pas étirer ses phrases plus que nécessaire et l’on évitera de multiplier les adverbes à rallonge. Par la suite, lors de la phase de relecture, on en profitera pour supprimer le superflu à la moindre occasion. Cela ne signifie pas, cependant, de négliger le sous-texte, ou de ne composer que de phrases succinctes qui rendraient votre récit monotone.


Varier la densité des mots, la métrique des phrases et les éléments de découpage (virgules, points) est indispensable pour véhiculer un rythme et rendre votre style plus fluide. Le but est bien d’éviter le tracé plat pour faire osciller ce rythme et faire palpiter vos lecteurs.


Il existe, certes, des exceptions qui confirment la règle.


Le soliloque de Molly Bloom dans Ulysse (près de 25 000 mots sans ponctuation), Absalon Absalon ! de Faulkner (une phrase de 1300 mots), Les Misérables et sa phrase à 800 mots... On pense aussi à Proust et Albert Cohen. Simplement, gardez en tête que mettre des échasses à votre prose ne fera pas de vous un auteur plus littéraire et sophistiqué. La lisibilité n’en sera que plus entravée, limitant dès lors l’absorption d’informations.



Le problème de la « prose fleurie » en littérature


La prose fleurie ou prose pourpre est un style d’écriture où le langage se veut très « ornemental », où fleurissent de jolis mots, des métaphores poétiques et autres broderies qui voudraient faire croire que tout ce qui brille est de l’or. Durant la Rome antique, le pourpre était la couleur des Dieux et empereurs.


En réalité, ce style attire l’attention sur lui-même au détriment de l’histoire et de la hiérarchie d’informations à distiller.


Comme mentionné plus haut, on y retrouve des figures de style pesantes, des adverbes et mots polysyllabiques, et de généreuses descriptions dont le lecteur pourrait bien se passer (si si, je vous assure !).


Cela finit toujours par diluer le rythme de votre histoire.


Pire, un langage trop poétique ressemblera à un bandage rafistolé pour cacher certains défauts inhérents à votre narration. Sur le moment, on se dit que c’est beau, profond, et que l’écriture providentielle coule enfin dans nos veines. Avec le recul, votre impression changera. Si ce n’est pas le cas, écoutez attentivement vos bêta-lecteurs. Ils vous diront peut-être que vous maniez bien les mots, mais aussi que certains passages doivent être guillotinés.


Beaucoup d’auteurs célèbres se sont démarqués par leurs phrases simples, courtes et par un langage sans ornement : Ernest Hemingway, John Steinbeck, Agatha Christie, Albert Camus… Faulkner aurait dit, à propos d’Hemingway, qu’il n’a jamais utilisé le moindre mot qui puisse envoyer le lecteur vers un dictionnaire. Stephen King recommande même, assez radicalement, de proscrire tout adverbe ! Et pour reprendre Mark Twain : « Quant aux adjectifs : dans le doute, biffez-les. » La complexité ne fait pas toujours un bon auteur.


Ainsi, méfiez-vous du piège du dictionnaire des synonymes, comme Joey et sa lettre de recommandation dans Friends.


Monica : C’était quoi cette phrase au départ ?

Joey : « Ce sont des gens chaleureux avec de grands cœurs. »

Chandler : Et c’est devenu : « Ce sont des homo sapiens caniculaires avec d’éminentes pompes à sang. »

Joey : Et je le pense vraiment, mec !



Faut-il être minimaliste ?


Pour autant, un style plus élaboré ou contemplatif n’est pas toujours le témoin muet d’une prose fleurie.


Il est préférable de viser un certain minimalisme sans en faire une règle absolue.


Le style perd en efficacité dès lors qu'on multiplie les descriptions, tel un épouvantail que l’on recouvre de couches de vêtements plus épaisses les unes que les autres sans rien ajouter de concret au texte. Beaucoup d’auteurs ont recours au courant de conscience et au monologue intérieur, comme Faulkner, Woolf, Sartre ou Sarraute, mais aussi certains romanciers du genre policier.


Pourtant, leur prose ne détourne jamais l’attention de l’histoire, mais contribue très souvent à l’identification à leurs personnages.


Dans la littérature Young Adult, érotique et fantasy, la tentation de la prose fleurie semble très présente chez les auteurs débutants. Après tout, concevoir des mondes et les faire vivre requiert de nombreuses descriptions, détails minutieux et images illustrant la beauté des lieux. Même J.K. Rowling, qui développait son worldbuilding à chaque nouveau livre Harry Potter n’a pas toujours pu éviter cet écueil (notamment à partir de Harry Potter et la Coupe de feu).


Encore une fois, il n’est pas question de tourner le dos à toute description et de prohiber les points de vue internes. La solution qui s’offre à vous, lors de la correction, vous allègera d’un fardeau : réduire les adjectifs, verbes et adverbes, raccourcir vos phrases et utiliser des mots simples et accessibles.


« Je n’ai fait cette lettre-ci plus longue que parce que je n’ai pas eu le loisir de la faire plus courte. » - Blaise Pascal

Les solutions


1. Trouver sa propre voix.


Il est normal, au début, de chercher à imiter les auteurs qu'on apprécie. La reproduction est élémentaire dans l’apprentissage d’un art. Toutefois, il ne faut pas non plus s'approprier la voix d’un autre, mais se donner de la latitude et ne pas céder sous la pression d’être « aussi bon que… » Continuez à écrire, sans vous arrêter, et votre voix se démarquera peu à peu.


Continuez à nourrir vos influences, à lire, à vous inspirer, mais aussi à écrire en toute décontraction (plus facile à dire qu'à faire, je vous l'accorde).


Rédiger son propre flux de pensée, à la manière d’un journal intime, peut être un bon exercice. Écrire en toute simplicité, sans penser à ses lecteurs, juste en posant ce qui nous vient à l’esprit. Par ailleurs, n’hésitez pas à relire vos textes six mois ou un an plus tard.


Si vous avez été assidu, vous réaliserez le progrès accompli (parfois plus qu’on ne l’imagine), et cela vous donnera tout autant de courage pour persévérer.


Je recommanderais également de varier vos lectures et essayer de nouveaux genres accessibles. On peut passer de Faulkner à Arthur Conan Doyle, de Toni Morrison à Asimov, de Robert Jordan à Mary Shelley… On peut bifurquer vers le théâtre, la bande dessinée, éviter les fictions quelque temps, pour mieux y revenir.


2. Toujours se concentrer sur le fond plutôt que la forme.


Ne pensez pas à atteindre un quota de mots (pas tout de suite) pour ainsi passer des heures entières à meubler votre histoire. Si vous souhaitez étoffer le récit, vous pouvez travailler vos conflits, développer vos personnages et renforcer la structure de votre histoire avec des sous-intrigues (sans pour autant abuser des intrigues à tiroir). Quand la page blanche vous guette, préférez l’action à la description.


3. S’assurer que le lecteur soit toujours engagé.


Il est essentiel de se mettre à la place de ses lecteurs, autant durant la phase d’écriture que durant la correction.


Votre histoire n’est pas une liste à puce d’incidents, d’actions fortes et de twists. Faire progresser l’histoire, c’est avant tout engager le lecteur, pour qu’il se questionne sur votre intrigue, sur les mystères disséminés, sur ces détails étranges qui entourent un personnage.


Ainsi, en évaluant votre propre travail, demandez-vous si tel passage captivera le lecteur, si les mots déchainent des rouages dans sa tête, ou au contraire, si tel paragraphe peut s’avérer frustrant.


Jusqu’à un certain degré, vous gagnerez en recul sur votre histoire, mais vous n’en aurez jamais assez pour vous en distancier suffisamment. C’est pourquoi il vous faut plusieurs bêta-lecteurs de qualité, autres que votre famille et vos amis, car vous aurez besoin de critiques constructives et non d’encouragements en circuit fermé.



Pour finir, l’ombre terrifiante de la prose fleurie ne doit pas pour autant brider votre style. Vous pouvez avoir des passages plus élaborés, tant que ce n’est pas « complexe pour faire complexe ». Tant que vous gardez votre propre voix, en évitant les ornements et en vous focalisant sur le fond, tous les indicateurs devraient passer du pourpre au vert.


« Le plus grand ennemi d’un langage clair est le manque de sincérité. Quand il y a un écart entre ses objectifs réels et ceux déclarés, on se tourne, pour ainsi dire, instinctivement vers de longs mots et des idiomes épuisés, comme une seiche qui gicle de l’encre. » - George Orwell


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